07 mars 2006
Mattafix - Signs Of A Struggle
Mattafix – Signs of A Struggle – (EMI/2005)
C’est mon boulanger qui m’a le premier parlé du groupe Mattafix en me conseillant, puisqu’il connaît certains de mes goûts en musique, d’écouter leur album « Sign Of A Struggle ».
Le boulanger dont je parle se prénomme Jérôme, deejay à ses heures perdues et métis originaire des caraïbes. Et Jérôme fait du super bon pain. Ce qui n’est pas le cas de tout les deejays et mérite donc d’être signalé.
J’ai pris l’album que me tendait Jérôme ainsi que ma baguette de pain quotidienne. C’était il y a plus de deux mois. J’ai posé l’album sur une pile de dossiers près de l’ordinateur et je l’ai tout simplement oublié là.
Mais c’était sans compter sur Jérôme qui chaque jour me demandait si j’avais écouté « Signs Of A Struggle » et ce que j’en pensais. Lassé et honteux de lui fournir chaque matin des excuses bidons du genre « J’ai pas encore eu le temps, tu sais le boulot et tout ça, je le ferais demain ».
Voyant que le peu d’estime que ce garçon me portait s’effilochait de jour en jour et surtout que les baguettes de pain qu’il me servait étaient plus petites et moins savoureuses que d’habitude, j’ai pris mon courage à deux oreilles. J’ai balancé le cédé dans la chaîne du salon pour l'écouter tout en révisant les 20 dernières pages de ma présomptueuse autobiographie. « Mister K ou les Tribulations d’un B-Boy en enfer»
Et je n’ai pas lâché l’album trois jours durant. Ce qui pour moi est un exploit compte tenu de mon attitude peu complaisante, désintéressée et de mauvaise foi vis-à-vis de la production musicale actuelle. Ainsi, pour faire honneur à mon boulanger deejay et au plaisir que m’a donné l’écoute de Mattafix, je me suis décidé à en faire la chronique dans Shanghai Flow.
Mattafix - Marlon and Preetesh
Mattafix. Drôle de nom pour un groupe. Pour l’anecdote, j’ai d’abord pensé que ce nom était un vilain jeu de mots construit à partir de Patafix. Cette fameuse pâte jaune tant appréciée de certains adolescent pour tapisser leurs chambres d’horribles posters. Sûrement pour réaffirmer avec vigueur ce qu’ils ont déjà marqué au feutre sur la porte de la chambre : « N’entrez pas ! Je vous déteste tous ! ».
En réalité et bien heureusement, Mattafix tire son nom d’une jolie expression créole issue de « Matters Are Fixed » signifiant donc « Les problèmes sont réglés ».
Ce nom souligne aussi les origines caraïbéenes de la mère de Marlon Roudette, le chanteur du duo Mattafix. Duo dont l’autre moitié est Preetesh Hirji, aux parents originaires de l’Inde. Tous deux ayant surtout grandi à Londres pour faire simple.
Preetesh Hirji, est le compositeur principal de la musique de « Signs Of A Stuggle ». Sa palette musicale puise dans tellement de styles qu’il faudrait un article entier pour en établir la liste. Mais ce qui m’a plu d’emblée c’est la finesse avec laquelle il arrive à créer ce son original que l’on retrouve sur l’album. Et sa musique est parfaitement servie par la voix de Marlon Roudette.
La voix de ce dernier possède un timbre doux et feutré, avec cette particularité soul qu’on peut retrouver chez un Stevie Wonder au même âge. Je rappelle que les deux membres de Mattafix n’ont pas 50 ans à tous les deux. Mais si l’ensemble de l’album est chanté, Marlon se met à rapper sur certains morceaux et dans le but d’en faire ressortir les aspects durs. Avec un style de rap que seuls possèdent les britanniques, très chargé d’influences dance-hall. Et son rap très à propos, donne un ton plus grave d’emblée, voir le morceau « 1130 », ce qui confirme le gros potentiel de cet artiste.
En écoutant attentivement l’album, on se rend compte qu’il s’agit d’une véritable collaboration artistique entre les deux membres du groupe. C’est du travail sérieux. Pas question ici que celui qui fait la musique travaillotte dans son coin et envoie ensuite ses bandes au chanteur, qui pose sa voix dessus quand il a le temps, entre deux parties de Playstation. Ne riez pas, je l’ai déjà vu faire.
Avec Mattafix, on entend dans chaque morceaux une solide réflexion autour du choix du son et de la manière dont la voix se pose dessus. Si Preetesh est bien le compositeur en chef, il ne fait aucun doute que c’est bien ensemble que les deux artistes ont élaboré l’album. Et à tous niveaux. Autrement dit ce n’est pas du foutage de gueule sur 14 titres, c’est un beau travail collectif sur un bel album.
Cette collaboration prend toute sa dimension sur le morceau « 555 », par exemple. Qui intègre une rythmique de tablas indiens accompagné d’une mélodie jouée par sur des steel pans (instruments de percussion faits à base de futs métalliques utilisé par les steel-bands caraïbéens). Sachant que le chanteur Marlon Roudette est originaire des caraïbes et que le compositeur Preetesh Irji d’Inde, ce morceau apparaît très vite comme l’affirmation d’une collaboration réelle et pour ma part très réussie.
Mattafix - Marlon and Preetesh (again)
Steel pan et tablas ? Guitare sèche folk sur beats Hip-Hop ? Nappes de violons sur piano avec roulements furtifs de rythmique jungle ?
Oui, tout ça. Et plus encore. C’est même la particularité de « Signs Of A Struggle ». Un mix de sonorités musicales puisées dans les nombreuses influences de chacun des deux artistes. Rien d’étonnant là-dedans, c’est même la marque de la plupart des musiques actuelles, sauf que la prouesse c’est justement de faire tenir tout cela ensemble au travers d’une musique cohérente.
Et c’est justement dans cette cohérence sonore que transparaît le génie de Mattafix. Ils y parviennent avec intelligence. Ce qui fait que l’on voyage sur 14 morceaux dans un univers aux rythmes ancrés Hip-Hop, virant reggae comme sur « Cool Down The Place », electro-lounge sur le très beau « Clear and Present Danger » ou encore résolument urbain et sombre dans « Big City Life ».
Pour simplifier on peut dire que Mattafix fait du trip-hop. Et on pourra même dans ce cas les rapprocher de Morcheeba, de Massive Attack voire même de Tricky. Notez que ces trois groupes sont britanniques au passage. Mais c’est pour simplifier. Et pour aller plus loin dans la simplification je pourrais noter le style sponsorisé par le groupe REM, sur « To And Fro », le petit clin d’œil à KRS-One sur « 1130 » ou encore la rythmique typique Timbaland matinée du son Eurythmics sur « Everyone Around You ».
Mais je n’aime pas les simplifications et le courant que l’on appelle Trip-Hop n’est qu’une façon pratique d’assigner tel type d’album à un rayon spécifique d’un grand magasin de disque dans le but d’optimiser les ventes.
J’aurais pu, comme nombre de journalistes spécialisés, mal rasés, blasés et surtout pressés de boucler leur article pour ne pas louper l’apéro dinatoire de 19 heure, restreindre ma critique en comparant sur 20 lignes maximum la musique de Mattafix à tout ce que je connais qui sonne plus ou moins pareil dans la production musicale des dix dernières années.
Mais je ne suis pas journaliste spécialisé et je ne vais pas aux apéros dinatoires. On ne m’y invite plus grâce au fait que je sais comment ne pas être cool quand il faut être hype. Ce qui me laisse le temps et plus de vingt lignes pour transcrire mes impressions sur Shanghai Flow.
Si la musique de Mattafix m’interpelle autant, même avec une génération d’écart, c’est qu’ils font la musique que je connais. Une musique urbaine aux racines diverses, à l’image du vaste bric-à-brac culturel que notre monde semble enfin digérer et qui prit vraiment son essor à la fin des années 70, quelque part dans le Bronx sous le nom du mouvement Hip-Hop.
Mais au delà de la musique, il y a les « lyrics ». Le titre de l’album est « Signs of A Struggle » (Les Marques d’un Combat). Les thèmes abordent souvent les entrechats compliqués des séparations amoureuses comme dans « To And Fro » (qui me rappelle furieusement le style de l’excellent blog de Mamawasabitch), une courte mais juste réflexion sur ce qu’est la vie à Babylone sur « Big City Life » ou encore un questionnement sur la fonction de l’artiste aujourd’hui sur « Impartial ».
Mais, et j’en aurais fini avec cette critique, c’est encore les intéressés qui en parlent le mieux :
« Many of the tracks deal with the individual struggles that both myself and Preetesh have experienced. In many respects they are the typical issues that two young men deal with in a 21st century environment; the turbulent relationships, the family feuds and trying to find a voice in situations where the opinions of young people are not always encouraged. » Marlon Roudette.
« La plupart des morceaux parlent des problèmes individuels que Preetesh et moi avons vécus. Pour l’essentiel ce sont les problèmes classiques que peuvent avoir deux jeunes gars dans le contexte du 21e siècle ; les relations compliquées, les problèmes familiaux et le fait d’essayer de trouver sa propre voie dans un monde où les opinions des jeunes ne sont pas toujours prises en compte. » Marlon Roudette.
Voilà pour Mattafix.

Mattafix - Marlon and Preetesh (again once more)
Sans être une totale révolution musicale, mais qui croit encore à ce genre de poncifs crées par les marchands de disques malhonnêtes, c’est un album qui a le mérite de pouvoir s’écouter d’une traite sans se lasser. Et mieux encore, de pouvoir se réécouter en creusant encore plus dans le véritable travail de juxtaposition d’idées lumineuses opéré par nos deux « jeunes gars ». En tout cas, il y a des morceaux qui ne laisseront personne indifférent. Pour peu qu’on apprécie le type de musique qui se fait à partir de samples bien exploités et d’une voix qui sait comment se poser dessus.
Mes morceaux préférés sont dans l’ordre : « Gangster Blues », « Cool Down The Place », « Clear and Present Danger », « Older » et « 555 ». Ce qui sur 14 titres indique que j’aime beaucoup cet album.
Maintenant, j’achèterais deux baguettes au lieu d’une chez Jérôme, mon boulanger deejay qui a visé juste en me passant cet album. Et je peux lui dire tête haute que j’ai écouté l’album qu’il m’a passé. Et que « Ouais ! T’avais raison Jérôme, Mattafix c’est vraiment pas mal. Rajoute moi deux pains au raisin s’il te plait. Et au fait, j’ai fais une critique de l’album sur mon blog.»
Pour aller au delà voici le lien de Mattafix : http://www.mattafix.com/
25 février 2006
Anthony And The Johnsons - I Am A Bird Now

Anthony And The Johnsons - I Am A Bird Now
(Rough Trade - 2005)
La pochette de l'album est une photo
de Candy Darling sur son lit de mort
J’avais coutume il y a quelques temps de me rendre chaque mercredi chez différents disquaires pour écouter les derniers albums hip hop sortis. C’était une sorte de rituel que je ne consacrais qu’au Hip-Hop. En pur B-Boy à plein temps que j’étais. Rares étaient ceux qui pouvaient être autant au courant que moi des derniers trucs qui fracassaient leur mère. Travaillant en plus à l'époque comme journaliste musical avec pignon sur ondes je recevais chaque semaine de petits paquets à domicile avec les dernières nouveautés. Rock, pop, alternative, Hip-Hop, reggae, world et bien d’autres bizarreries inclassables. J’en ai donc écouté du son, du triste, du moins drôle et du super cool. J’ai toujours, malgré un amour excessif du Hip-Hop, tenté d’élargir ma culture musicale. Pour moi, il n’existe en fait que deux sorte de musique. C’est la musique qui nous parle et celle qui nous laisse indifférent.
Aujourd’hui, j’ai toujours la même soif de découvertes musicales mais je n’ai plus le temps d’enfiler un baggy Shabbazz Brothers (que ceux qui ont porté cette divine marque lèvent leur verre, ils font partie des élus), un sweat Ecko, une veste Phat Farm et des Lugz aux pieds pour aller m’enquérir de ce qui sort dans les bacs.
Petit aparté pour les juges de service : épargnez moi vos commentaires sur la folie des marques et le capitalisme triomphant. Je n’avais pas un kopeck et je m’habillais classe et propre. C’est l’une de nos manières d’alors de pratiquer et de perfectionner les fondements de la débrouille pour rester dignes dans un monde de fils à papas.
Et aujourd'hui je ne reçois plus de disques envoyés par les services promo des maisons de disques, je ne fais plus de radio et je ne fais plus d'interviews d'artistes. Alors j’écoute ce qui me passe par l’oreille au hasard du net, d’une émission zappée ou du bouche à oreille. Et ça me suffit bien amplement.
C’est dans ces circonstances que j’ai entendu Anthony And The Johnsons. J’ai tout de suite été interloqué par sa voix. J’aime les voix qui reflètent d’emblée la personnalité d’un individu. J’ai écouté l’album et me voici dans la section Kronik & Kritik pour qu’il figure sur Shanghai Flow.

Anthony from Anthony and the Johnsons
La première chanson de l’album « Hope There’s Someone » vous installe dans l’ambiance générale de l’album. On découvre aussitôt le charme de la voix d’Anthony empreinte d’une fragilité forte, une voix féminine de masculinité qui passe de la lumière à l’ombre l’instant d’une vocalise. C’est un univers où le gospel chante dans une église gothique. Contradictoire, ambigu ? Non. Ambivalent oui. C’est de poésie et d’ambivalence dont il s’agit sur l’album.
La poésie, c’est par exemple ce morceau poignant « For Today I Am A Boy » qui parle d’un petit garçon qui rêve que quand il sera grand il sera une femme. Sa voix se fait douce et grave tour à tour. Et aussitôt le piano qui l’accompagne évoque à certains moments Nina Simone, Boy George à d’autres. Mais c’est juste une évocation, un hommage conscient rendu à ce qu’Anthony appèle ses héros.
Et ses héros le lui rendent bien. Boy Georges l’accompagne au chant sur « You Are My Sister ». Chanson que je recommande à mes sœurs d’écouter car je vous la dédicace tant elle est belle et exprime de jolies choses. Lou Reed se retrouve sur « Fistfull Of Love ». Lou Reed qui aurait déclaré avoir pleuré en écoutant Anthony chanter. Les Johnsons, son groupe de musiciens, ne sont pas en reste. Aucun tapage, juste de l’accompagnement. Avec ce côté musique de chambre qui respecte l’intimité dont la voix d’Anthony à besoin pour nous emporter dans son monde.
C’est un bel album. Dix morceaux délicats pour qu’Anthony nous dise ce que le titre de l’album affirme : I Am A Bird Now.
Je n’écouterais pas Anthony And The Johnsons tout les jours. Je suis plus adepte des musiques qui parlent des rigueurs du bitume ou sur lesquelles je peux placer quelques-uns des pas de danse qui m'ont rendu célèbre. Bref, du brut ou du joyeux. Enchaîner une bonne gavotte bretonne avec un morceau de 50 Cent correspond plus à ce que mon lecteur à l’habitude d’encaisser. Et je n’écouterais surement pas « I Am A Bird Now » pendant un gros soir de pluie quand la télé à décidé à ne capter que TF1. La voix d’Anthony, pour aussi belle et spéciale qu’elle soit, possède un fort potentiel anxiogène si on n’y prends pas garde.
Aussi, c’est plutôt en plein jour, en croquant dans une pastèque fraîche sous un soleil radieux que je me laisse aller à en apprécier la beauté.
Oui. Je suis grand fan de pastèques.
06 décembre 2005
Les Nubians - Echos - Nubian Voyager

Les Nubians - Echos - Nubian Voyager
Voilà un projet qui vient enfin de sortir. Ce fut une lutte acharnée mais Les Nubians ont finalement réussi.
Les
Nubians ? Deux artistes , deux sœurs, deux chanteuses, deux talents.
Hélène et Célia Faussart. LN et C-Lia. Et je suis bien placé pour en
parler dans kronik & kritik. Je les connais à titre personnel et
j'ai suivi
aux premières loges leur évolution dans le monde de la musique depuis
leurs débuts. Je suis
même le premier à avoir écrit un article sur elles pour leur premier
concert. Je faisais de la radio à cette époque.
Échoes
est un
voyage poétique mis en orbite sur de la musique. J'ai appris tout à
fait par hasard que le projet était dans les bacs. Par l'intermédiaire
d'un ami commun rencontré au détour d'une rue. Je suis tellement
déconnecté du milieu de la musique et de tout ce qui s'y rattache
aujourd'hui que c'est par ce genre de procédé que je suis informé des
derniers potins. Je croise une connaissance en sortant de mon boucher
cacher (et non pas karcher) et hop, il me dit les news. Quand j'avais
pas internet c'est comme ça que je m'informais moi.
Si j'écris un post sur Echoes c'est aussi parce que j'ai assisté à la maturation du projet en direct. J'ai écouté
les titres quand ils n'étaient que sous forme de maquette. J'étais avec
les Nubians à Los Angeles lorsqu'elles ont proposé à leur label
américain le projet sous sa forme première. Maintenant, presque 5 ans
plus tard, il est enfin disponible. Comme dit NTM Tout n’est pas si facile.
Petite fierté personnelle, le sous titre d’Echoes : Nubian Voyager,
c'est une idée de moi et mon côté fan de Star Trek. Et je suis heureux
qu'il soit resté sur la version finale. J'ai même écrit à leur demande
une présentation d'Echoes où je décrit ma vision du Spoken Word où
pour faire simple du Slam. Par contre je ne sais pas si ma présentation
est restée. L'on m'a dit qu'elle y était. Mais comme Echoes se divise
en deux, un livre et un disque, je ne sais pas sur quel support ma
présentation se trouve. Comme ma présentation écrite
ressemblait pas mal à une préface, j'opterais pour qu'elle se retrouve
sur la version livre d'Echoes. Comme je l'ai écrite voici 5 ans
maintenant, j'espère qu'elle tient encore la route. Enfin on verra...
Sur
Echoes il s'agit avant toute chose de poésie. Pas de rap, par pitié
évitons de confondre le Slam et le rap, deux choses distinctes. Même si
le slam parfois se nourrit parfois du flow du hip-hop, le hip-hop et le
Slam ne sont pas la même chose.
Sur les 21 titres de l'album
Echoes, il y a des artistes que je connais (Les Nubians bien sur,
Suleyman Diamanka, John Banzai, Queen GodIs, Kasema Kalifah, Anouch) et
d'autres que je n'ai découvert qu'en écoutant les maquettes. Tous sont
talentueux. Ce qui fait la beauté de Echoes, c'est que les textes sont
autant en anglais qu'en français. A l'image multiculturelle des
Nubians. Fluent dans les deux langues, je peux dire que de nombreux
textes sont des bijoux de prose. Les Nubians sont ici plus directrices
artistiques qu'artistes. Bien que l'on retrouve des morceaux à elles
dans Echoes.
Ce qui est très fort dans ce projet c'est
qu'il souligne la volonté des Nubians de célébrer le Slam, le Spoken
Word, le Mot Dit, cette expression poétique encore trop mal connue en
France. Certains y voient du rap, d'autres de la poésie gauchiste et
d'autres encore de l'élucubration de prosateurs aux vers surtout versés
dans la bibine. C'est un peu de ça le Slam mais c'est loin de n'être
que ça. Les Nubians en proposant cet album ne font que mettre un peu
plus de lumière sur la beauté et la diversité du Spoken Word.
Au-delà de ça, Echoes est une preuve de plus que Les
Nubians sont à l'avant garde d'une certaine culture française. Ecoutez
le palmarès des deux filles. Les premières à cartonner aux Etats Unis
avec des chansons en français. Classées au Billdboard avec leur premier
album Princesses Nubiennes, placées 48ieme au charts américains en
1999. Il n'y avait que Charles Aznavour pour rivaliser avec 30
ans plus tôt. Elles ont été nominées au Grammy Awards et ont reçu
divers prix aux Etats Unis pour leur premier album. Elles ont effectuée
plusieurs tournées américaines ou les salles étaient pleines à craquer,
sold out. Un exploit assez extraordinaire car elles ne chantent qu'en
Français. Dans tout leur répertoire, il doit y avoir 2 ou 3 chansons en
anglais. Aucun artiste Français actuel ne peut prétendre à cet exploit.
J'ai toujours trouvé scandaleux qu'en France Les Nubians n'aient pas eu en
conséquence plus de presse que ça et plus de soutien médiatique. Mais
bon, que voulez vous, quand on voit la représentation médiatique
qui est faite des composantes multiculturelles de ce pays... No comment.

Mais !? C'est Denzel Washington !
Je me souviens d'une anecdote avec LN à la gare de New-York. A cette époque j'étais assistant manager pour le groupe. Nous prenions des billets de train pour aller à Philadelphie nous rendre à une conférence. La caissière derrière la vitre s'est exclamée : "O my God ! Mais vous êtes Les Nubians ?!?" Oui c'est nous à répondu LN. La caissière n'en revenait pas. Et LN à signé un autographe. Une guichetière lambda qui reconnaît l'une des deux chanteuses d'un groupe Français aux Etats Unis. N'empêche, on a pas eu de réduction sur les tickets. Ce genre d'anecdotes pourrait remplir un blog entier.
Allez une autre anecdote concernant les
Nubians pour la route. C'était à Los Angeles, à Passadena pour être
exact, lors d'un grand show ou Les Nubians devaient recevoir un prix au
milieu d'une pléthore d'artistes américains de tout bords. Les NAACP Image Awards ou soit dit en passant j'ai eu le bonheur de toute midinette de base de voir en vrai deux de mes idoles, Jet Lee et Steven Spielberg. Pendant la soirée, l'acteur Denzel
Washington, est venu sussurer à l'oreille
d'Hélène qu'il écoutait leur morceau "Makeda" tout les matins en se
levant. Rien que ça. D'aileurs tout le gotta mondain afro-américain connais Les Nubians. C'est
pour dire la notoriété des filles aux USA.
Je me rappelle que
lors d'une tournée promo à Paris, une journaliste française avait
demandé à Janet Jackson quels artistes français elle connaissait. Janet
Jackson a répondu pleine d'un enthousiasme débordant : "Les Nubians, je les adore !" La journaliste à fait les
yeux ronds en se demandant qui pouvaient bien être Les Nubians. Petite gène entre amis, bonsoir !
Et quid de leur notoriété en France, ce beau
village multiculturel dans les nuages ? Que dalle. Oui leurs morceaux
passaient sur certaines radios.
Et passent encore. Elles ont fait des apparitions TV sur Nulle Part
Ailleurs (avec Guillaume Durand) et sur l'émission à
Ruquier On A Tout Essayé. Entre autres. Mais le manque de volonté de leur maison de
disque française à vouloir leur faire la promotion qui leur est due les
a laissées dans l'ombre du grand public. Est-ce un mal ? Je ne sais pas. J'aurais tendance à dire que non de prime abord.
En
tout cas, voilà un Album, un projet qui vaut le détour. Pour le Slam et
pour une certaine idée de ce qui se fait aussi en France mis à part le
nombrilisme musical bobo ou l'auto-satisfecit des goupes de raps
bien-léchés. Echoes.
20 novembre 2005
Lehaim - Michael Sebban
Me voici dans un hall de gare à attendre une correspondance. J'ai pas loin
de deux heures d'attente. Je fais un tour rapide en ville aux abords de la
gare. Immense place piétonne devant la gare bordée de cafés, brasseries et
commerces divers à gauche et à droite.
Comme j'ai l'air débile debout sur la
place avec ma valise à roulette et mon sac à dos accroché…au dos.
C'est une grande ville, je le sais maintenant, super.
Je reviens dans l'immense hall de cette gare qui fait penser à un véritable petit aéroport international.
Il y a plein de
kiosques et de cafés.
Pas de présence policière visible à l'intérieur.
C'est marrant, je note toujours ce genre de détails.
Par contre il y a des gars
habillés genre Men In Black avec des gros badges marqués Sécurité.
J'en croise un. Cheveux courts et noirs, peau très matte. Sur son badge il y a
inscrit Karim M., c'est marrant, je note toujours ce genre de détails. Déformation professionnelle peut-être.
Puis plus loin, un autre security man,
un grand noir qui parle dans un appareil ou avec si ça ce trouve, juste pour
faire style. La sécurité civile de nos lieux publics et commerciaux est assurée
par la France multiculturelle.
Comme les Men in Black, ils sont là pour protéger la France de la racaille des banlieues extraterrestres. C'est cool l'intégration. C'est marrant, je note décidément toujours ce genre de détails. A quoi ça me sert ? C'est une autre question.
Je me dirige vers l'un de ces innombrables minis
temples de la consommation qui fardent de leurs logos brillants cette gare
majestueuse au sol si reluisant. En l'occurrence un Virgin Mini Store. Bondé de
voyageurs avec leurs bagages à roulettes sur lesquels ma valise à roulette ne
cesse de vouloir rouler. Je me fraye un passage à travers les rayons de livres.
Le dernier Harry Potter ? Non. Ma nièce I. me le
racontera par le détail et sans même que je lui demande. En science-fiction ou
en fantasy que du réchauffé, du convenu et du recyclé, allez zou, on dégage du
secteur.
Les hommes viennent de mars et les femmes de vénus,
puisse Dieu m'en protéger encore longtemps.
Dire qu'une bonne connaissance fut
à deux doigts de me le faire lire dans le but sournois de m'aider à comprendre
la nature de mes relations avec A.
Je me félicite encore chaque matin d'avoir
eu le réflexe de Zizou ce jour là en lui feintant sa race à la bonne
connaissance.
Pourquoi les hommes adorent les chieuses, avec le
sous-titre savoir se faire respecter est la clef de la séduction.
Gonflé quand même. La dernière stratégie marketing, c'est de pondre des
bouquins avec des titres qui posent des questions que toute personne à peu près
normale n'a jamais pensé à se poser.
Mais comme la question est posée, notre
esprit avide de savoir où juste commère est du coup piqué au vif.
Je m'arrête sur la couverture une demi seconde. N'étant pas expert en chieuses et faisant de solides efforts pour les éviter, la réponse à ce pourquoi
incongru je m'en fous de la savoir. Et aujourd'hui encore moins que demain.
Ces Françaises qui ne grossissent pas, c'est sur que sous
la plume d'une Américaine on peu aisément faire ce type de constat, mais
mondialisation aidant, t'inquiète, dans quelques temps ce sera une française
qui écrira : Ces Chinoises qui ne grossissent pas.
La Méthode simple pour en finir avec la cigarette. C'est gagné !
La
première chose à laquelle le titre du livre m'a fait penser c'est qu'il fallait
pas que j'oublie d'acheter un paquet avant de reprendre le train.
Bon sang mais c'est une épidémie ce genre de bouquins au rayon santé,
bien-être, développement personnel et psycho, Vade Rétro, Arnakass !
Et non, non et non, je ne vais pas me racheter le Tao Te King ou le Coran en édition de poche compact à 2 euros tout ça parce que c'est en poche compact et à 2 euros. Je continue à tourner en rond.
Je jette à peine un regard condescendant vers le rayon musique, j'en ai 1 Giga sur mon lecteur mp3, de quoi largement tenir les cinq heures de train qui m'attendent de pied ferme. Il me font presque pitié de nos jours les rayons disques.
Je continue mes circonvolutions dans le rayon livre.
Trois Jours Chez
Ma Mère, le dernier Goncourt, avec la bande rouge marqué PRIX
GONCOURT dessus.
Je n'ai jamais lu un seul Goncourt de ma vie, va
savoir pourquoi, c'est ainsi, à croire qu'une force invisible m'en a toujours
tenu éloigné.
L'esprit de Victor Hugo sans doute puisqu'une voyante italienne
m'a un jour révélé que cet illustre gratteur de pages était assigné à me
veiller.
Et j'avoue que
je ne m'en porte pas plus mal que les Prix Goncourt m'évitent.
Tout ce cinéma,
ces bizbiz entre gros et petits bonnets des milieux littéraires parisiens
vérolés par l'autosuffisance intellectuelle et les petites phrases. De vrais
politiciens ces gens du livre là.
Alors Monsieur Veyergans, même si tu m'es bien plus sympathique que la tête vermoulue de Michel Houellebecq dont La Possibilité d'une Ile
est placé juste en dessous de ton livre, tu vas rester chez ta mère.
Et toi
Houellebecq, je vais garder la possibilité de ne jamais te lire de ma
vie. Même si c'est le seul bouquin naufragé avec moi sur une île
déserte.
J'en ferais du papier toilettes pour les jours où j'essayerais
de me conduire
comme un être civilisé.
Et puis je tombe sur ce titre : Lehaim
(prononcer Lérhayim) aux éditions Pocket Poche.
C'est l'hébreu du
titre qui a bien sur attiré mon attention.
Tiens ? Lehaim ? Et en quel honneur ?
Que se passe ?
Je m'approche. Saisit l'objet. Et non !?!? Pas possible !?!?
Je connais l'auteur !! C'est Sebban !! Michael
Sebban !
Quand je dis connaître c'est connaître en vrai.
Quand j'étais journaliste musical sur cette radio de sauvageons crée par des
morues extraterrestres et barbues, ce gars était membre d'un groupe de rap
nommé LIS.
Un groupe avec lequel mes bons vieux homies N. allias Cheikh et F.
allias Warner avaient aussi bossé à une époque. Epoque bien lointaine. Je
souris une demi seconde en pensant au bon vieux temps. Et aux quelques
anecdotes marrantes au sujet de Sebban.
Michael je le sais à fait des études de
philos par la suite, puis séjour en Israël et enfin retour en France pour
enseigner la philo à Saint-Denis. C'est rigolo de connaître le parcours de
quelqu'un et de le lire dans sa bio ensuite.
En tout cas il a pas changé, c'est lui même en
personne qui pose sur la couverture. Son sempiternel chapeau sur la tête et le pif
que Dieu lui a donné avec générosité. Lehaim !
Est-ce que c'est avec ce bouquin que je l'ai vu se faire caillasser par
Jorge Semprun dans l'émission de Frantz-Olivier Gisbert il y a six ou
sept mois de ça ?
Et oui mon brave, il m'arrive de regarder cette
émission Culture et Dépendances sur France 3. C'est ma seule
consolation depuis la disparition d'Apostrophe il y a des siècles de
ça. Je regarde ça un peu comme un ancien fumeur se contente de patchs.
Pour me sevrer de la grande époque où un livre était un livre.
Bref. Lehaim ! Je lis vite fait le synopsis au dos. Ou le pitch comme disent les intellectuels de gauche avec un ton presque jubilatoire d'après certains analystes.
Lehaim. A toutes les vies ! Michael Sebban – Editions pocket.
Rap hardcore, sale juif, amoureux, anisette de Chez Maurice, Belleville, Oran.
Allez ! Je prends. Mon vieux Sebban, on va voir ce que tu racontes depuis que
t'as lâché le rap.
Quelques centaines de minutes plus tard. Dans un
train pompeusement qualifié de A Grande Vitesse. Heureusement qu'il
fait nuit dehors sinon j'aurais le temps de compter les feuilles sur chaque
branche d'arbre croisée. J'ai mes écouteurs sur les oreilles, ça va en mode
lecture aléatoire du rap à Dalida en passant par des morceaux de musique
chinoise des années 50.
Le type à côté de moi dort. Je déteste être côté
couloir. Le moindre tétraplégique qui se rend aux toilettes tente vicieusement
de m'amocher l'arcade sourcilière gauche dès qu'il passe à côté de mon siège. Heureusement
que j'ai gardé de bonnes bases ma formation de moine Shaolin.
J'ai fini de compulser les magazines et les
journaux pris à la gare. En ce moment je lis tout ce qui peut s'écrire sur les
récents évènements en France.
Je parle du Freestyle géant du
cramage de bagnole et du foutage de gueule organisé des politiciens et de leurs
copains des médias. Presse internationale et nationale. Hebdomadaires et
quotidiens. J'en ai eu pour cher mais bon, vu qu'en général je ne lis la presse
que dans les salles d'attentes…
Si on devait me définir par mes magazines et
mes journaux, on pourrait préjuger que je suis de gauche. Ce qui n'est pas tout
à fait exact. Disons que je ne lis jamais le Figaro sous quelque forme que ce
soit. Même Figaro Madame me donne des boutons dans les salles d'attentes de
cabinets de médecins. Un comble quand même.
Michael Sebban, à nous deux. Je découvre que c'est
ton deuxième bouquin ?
Ton premier était titré : La Terre promise, pas
encore. Mouais… C'est sur. Pas encore t'as bien raison.
En tout cas ton style est fluide. C'est l'histoire
d'Eli S. Prof de philo dans le 9-3.
A peine romancé donc. Mais pourquoi pas y aller à visage découvert Michael ? D'autant qu'à un moment dans le livre il y a une coquille sur le nom du personnage principal qui de Elie S. devient subitement M.S.
S pour Sebban. M pour Michael. Bon d'accord ce
n'est pas toi tout à fait mais quand même ça y ressemble grave.
Le personnage
est un jeune homme de confession juive, pratiquant modéré. Modéré au sens où je l'entends moi c'est-à-dire juste
pieux, juste normalement religieux. C'est pile l'impression que tu donnes dans la vraie vie.
Pieux et désordonné en même temps. Bref, atypique comme toi il est ton
personnage.
Pour qui te connais même un peu, c'est toi que tu mets en scène. En
fait, rien d'étonnant pour quelqu'un qui était dans la culture Hip-Hop, c'est
du pur Ego Trip ton bouquin.
Tout tourne donc autour de cet Eli S. De sa nostalgie
latente d'une époque où les juifs vivaient en Algérie parmi leurs cousins
arabes.
Des déchirures de l'exil vécu à postériori ou par procuration.
Du sentiment d'être Français et de ce que
cela signifie lorsqu'on est aussi pas QUE Français.
De son questionnement
devant la difficulté d'enseigner à une jeunesse qui globalement n'en a rien à
battre. Et pourquoi ? Cela tu ne le dévelloppes pas assez.
Du contrat social tel que défini dans les livres de philosophie.
De la mort du système républicain en France.
Tu affirmes bien dans le livre
et à plusieurs reprises qu'il est temps de penser autrement.
Que les vieux poncifs qui visent à assimiler, intégrer ne sont bon qu'à
rassurer la France d'en haut surtout, pour paraphraser la pensée positive de feu Monsieur
Raffarin.
Il y a aussi cet élève d'origine Algérienne de la
classe d'Eli S. dont plusieurs dialogues parsèment le livre. Franchement
Michael, il est abusé ton reubeu.
Ce Karim comme le
gars de la sécurité dans le hall de gare de tout à l'heure. Vive les Karim.
Est-ce
que tu as pris conscience que tu l'a toujours fait dire (enfin dire à Eli S.) m'sieur quand Karim s'adresse à Eli ? A toutes les phrases.
Un m'sieur
de temps en temps je comprendrais, une marque de respect prof élève de temps à
autre c'est normal et bienvenu, mais aussi systématique que ça ? Non.
La c'est
limite caricatural. Voire carrément guignol de l'info.
Autre chose, je veux bien qu'il existe des hommes
d'affaires juifs qui sont comme dans La Vérité Si Je Mens. Pris par la folie douce du
montrer sa caillasse, très prononcée chez les sépharades culturellement
exhibitionnistes, ça existe d'accord mais là aussi, t'aurais
pu faire preuve d'un peu plus de finesse.
D'ailleurs, t'aurais carrément du
éviter le côté La Vérité Si Je Mens.
C'est rigolo 5 minutes
mais après sérieux ça soule. Disons que ça ira très bien pour les lecteurs goyim
moyens mais pour les autres, de ce point de vue, change ton stylo d'épaule au
prochain bouquin.
En tout cas, ton livre se lit facilement. Le wagon
dans lequel je suis se dépeuple au fur et à mesure que la nuit avance. J'en
profite pour changer de place pour me poser sur un siège côté fenêtre. Là ou
les sièges se font faces par deux et séparés par une table qui se déplie. Là
c'est bien. On essaye de me joindre au téléphone. Pas la peine. J'ai déjà presque plus de
batteries et rien de plus consommateur en batteries qu'un train. Si en rase
campagne aussi, enfin quand on capte.
Le gars assis de l'autre côté du couloir central à
aussi changé de place. Il est plongé dans la résolution de ce jeu qui est en
train de supplanter les mots fléchés. Le Sudoku. J'en ai vu partout des petits
carnets de ce truc.
Voici les principes du Sudoku pour ceux qui reviendraient
d'une longue retraite spirituelle parmi les Hulis de Papouasie Nouvelle Guinée.
Mais pourquoi aller si loin ?
La grille du Sudoku est un carré de neuf cases de
côté, subdivisé en autant de carrés identiques.
La règle du jeu est
simple : chaque ligne, colonne et région ne doit contenir qu'une seule
fois tous les chiffres de un à neuf.
J'en appelle aux adeptes de ce jeu de bien
vouloir me laisser un commentaire m'expliquant la jubilation qu'il semble procurer.
En tout cas si j'en juge par mon voisin. Depuis qu'on est monté dans le train
il ne cesse de noter des chiffres, les effacer, transpirer, essuyer ses
lunettes, grignoter son crayon, replonger vivement sur sa grille, noter un
chiffre, l'effacer, transpirer etc. etc. Et ça depuis 3 heures pleines déjà.
Lehaim !
Globalement Michael, ton livre ne m'apprend rien
que je ne sais ou que je ne pense déjà.
C'est ce qui m'a plu dans ton bouquin
d'ailleurs.
J'y ai retrouvé une expression qui ne figure que trop rarement dans
les livres écrits en français par des Français comme nous.
Car je fais comme
toi partie de cette France marginalisée par défaut de la société française.
Cette France hétéroclite, complexe et culturellement diverse mais qui ne verse
ni dans l'angélisme lénifiant du métissage culturel façon bobo ni
dans le repli communautaire ou identitaire débile et extrémiste façon conios.
Au passage, cette expression métissage
culturel ne veut strictement rien dire. En plus, elle n'est employée et comprise
que par ceux qui ignorent tout des questions de métissage et de culture.
Elle
figure sur bon nombre d'affiches de festivals en France pour accentuer le côté
mixité sociale qui permet seulement de valider un dossier de subvention auprès
de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) ou de quémander quelques subsides qux organismes
publics qui saupoudrent la paix sociale par le biais de ce type d'expressions nases.
Dans ton livre, Michael, tu abordes trop de sujets
sérieux sur un ton que tu as voulu trop relax. Pour mieux faire passer
certaines pilules ? Franchement j'en doute.
Et tout le passage sur la parano
d'Elie S. lorsqu'il se fait traiter de Sale Juif, c'est trop. Une
chose est sure, tu as bien montré quels sont les réflexes qu'emploie toute
personne dont l'identité est humiliée et prise pour cible par des tocards.
Et
ce livre te ressemble. Très intéressant, très nourri de réflexions multiples
aux sources différentes (le talmud, les textes de rap, ceux des philosophes…)
mais les problèmes que tu abordes tu ne les as pas assez classifiés, ni permis
qu'on y voit un peu plus clair.
Tu abordes l'intégration et la faillite du système
assimilationniste français. D'ailleurs les actualités enfoncent le clou pointé par ton
bouquin, cool pour toi. C'est pour ça qu'ils l'on ressortit chez Pocket ? Ils
loupent rien ces gens du livre là.
Tu poses aussi la question du comment être juif Français
en France quand l'antisémitisme pointe sa face de rat galeux, tu chante le mysticisme hassidique, la justesse des mots du rap
quand on prend la peine de les écouter, la poésie du surf et milles autres choses encore.
C'est assez bien
écrit mais trop fouillis. Mais bon, c'était cool de te lire. Je ne regrette pas
mes 6 euros, et si un minuscule pourcentage de mon achat parvient sur ton
compte, c'est avec plaisir qu'il t'est fourni.
Ce livre te ressemble car il est
sérieux et désordonné en même temps. Bref, atypique comme toi il est ton
bouquin.
Au fait, entre nous Michael, tu la connais vraiment la vraie
recette du Berbouche ?
Dans une demi heure, je suis arrivé. Tiens, mon
voisin s'est endormi sur son Sudoku. Je croyais que c'était sensé éveiller les
sens à un degré proche de l'illumination du Bouddha ce truc.
Lehaim !
14 novembre 2005
Samurai Champloo Hip-Hop Chambara
Au fait, ça veut dire quoi "Champloo" d'abord ?
Ce n'est pas du shampoing. C'est le nom d'un plat local d'Okinawa, le "champuru", composé d'un mélange de tofu, de légumes et de porc ou de n'importe quel ingrédient, le tout sauté ensemble dans une poêle.
Et quand on a vu la série dans son ensemble on comprends pourquoi Champloo. T'es Champloo toi ?
Samurai Champloo
(en aussi bref que possible)
Un mélange. De l'exotisme et du décalé. La série Samurai Champloo c'est l'univers du Chambara (film de sabre) couplé à de la musique hip-hop avec des épisodes puisants fortement dans les éléments de la culture hip-hop.
Il fallait y penser, Watanabe l'a fait.
J'aime le Hip-Hop et Watanabe depuis Cowboy Bebop. Alors quand je suis tombé sur le premier épisode j'ai fait "youpi !" (en vrai j'ai fait des bruits biens trop bizarres pour êtres rapportés ici).
Pour commencer, Samurai Champloo est un (fantastique) anime se déroulant sur 26 épisodes. Il a été diffusé en 2004 au Japon.
Y participent Saito Dai (scénariste en chef) et mon pote le fameux Shinichiro Watanabe.
Depuis CowBoy Bebop, je ne pensais pas voir une série aussi cool, délurée, drôle et inventive.
Et bien j'avais faux. Watanabe confirme ici son talent de créateur d'univers déjantés.
Dans Cowboy Bebob, il mélangeait gaiement futur, vaisseaux spatiaux, jazz et d'innombrables références à Bruce Lee, au western, à la blaxploitation etc..
Dans Samurai Champloo, Shinishiro Watanabe prends des libertés avec la réalité historique de la période Edo (entre 1600 et 1867) durant laquelle est sensée avoir lieu la série.
Plusieurs épisodes comportent des anachronismes flagrants mais les auteurs s'en amusent volontairement et c'est l'un des charmes de Samurai Champloo.
Comme par exemple ce magnifique épisode génial (Episode 18 - Pen in One Hand, Sword in the Other - War of the Words) ou des taggueurs samurais luttent pour la suprématie à coup de graphs à travers les murs de la ville. Il y a aussi un personnage qui fait directement référence à Andy Wharol.
Et presque tous les épisodes de la série sont bourrés de clins d'oeils de ce genre.
Cette manière de mélanger genres et périodes et de glisser des tonnes de références dans ses séries distingue netement Watanabe du reste de la profession des faiseurs d'anime. S'il fallait trouver son équivalent au cinéma, je pointerais dans la direction de Tarantino.
Le graphisme est superbe, le traitement de l'image, le design des personnages, le choix des prises de vues aussi, le travail est bien plus graphique que dans Cowboy Bebob.
Par contre, il ne faut pas s'attendre dans Samourai Champloo à un scénario implacable ou chaque épisode de la série tourne autour d'une intrigue unique. Pour Watanabe l'histoire générale passe au second plan, il traite chaque épisode comme un mini-film, isolé de l'intrigue générale.
D'ailleurs l'intrigue de Samurai Champloo est on ne peut plus vague, à savoir la recherche par l'un des personnages (Fuu) d'un étrange Samurai "à l'odeur de tournesol" entrevu dans son enfance. C'est le fil conducteur de la série plus que son moteur.
Et les persos alors ? C'est qui les persos hein ?
Deux garçons (Mugen et Jin) et une fille (Fuu) accompagnée de son
petit animal familier, un écureuil volant du nom de Momo-san forment les personnages principaux de la série.
Fuu, qui introduit la série, est une jeune fille aussi
écervellée que sensible et dotée d'une obsession : retrouver le
mystérieux samurai "à l'odeur de tournesol".
Elle obligera les deux
autres personnages principaux à l'aider (malgré eux) dans cette quête qui les mènera
dans un
road-trip à travers un japon ancien loufoque et remanié à souhait.
Qualité : coeur d'or et fort caractère
Défaut : un appétit inhumain.
Fuu et son écureil Momo-San
Mugen est un vagabond
exceptionelement doué au
combat, ignare et frustre, à la force sauvage et incontrôlée. Lorsqu'il
se bat, son style de combat est un mélange de breakdance (danse
hip-hop) et de furie sanguinaire. Sa
psychologie primaire au premier regard s'étoffe et se densifie dans
certains épisodes. Il incarne une forme de rébellion naturelle contre
l'ordre établi et une bouffée de liberté dans un monde hyper
codifié. Il est comme son nom qui signifie sans limite en japonais.
Qualité : obstiné comme c'est pas permis et généreux
Défaut : têtu, trop inculte, limite bête (mais limite seulement).
Mugen
Jin est un ronin, l'opposé de Mugen au niveau du caractère.
Austère, calme avec des airs d'intello que souligne le port d'une paire
de lunettes. Il provient d'une grande école de sabre et maitrise son
art martial avec brio. Il est l'exact opposé de Mugen. C'est un peu le philosophe du trio.
Qualité : cultivé et bonnes manières.
Défaut : trop, trop renfermé.
Notes diverses et variées...
(...en fait pas trop variées du tout)
Shinichiro Watanabe : Story board sur les séries
Armor
Hunter Mellow link en 1988 et Mobile suit gundam 0083. Co-réalisateur
de Macross Plus
en 1991. En enfin en 1998, il sort l'excellente série Cowboy Bebop qui
change le visage de l'anime japonais en sortant des cadres habituels.
En 1999, il participe à "The Animatrix" en signant les épisodes : "A kid story" et "A detective story".
Et youpla boom, il a fait Samurai Champloo.
Parmis ceux qui ont travaillé sur Samurai Champloo, citons aussi Kazuto Nakazawa (Character designer) qui a également travaillé sur la partie animation de Kill Bill Vol.1 de Quentin Tarentino.
Samurai Champloo est disponible en Manga (éditions Soleil Manga). Deux tomes sont disponibles.
Un anime réalisé par Takashi ‘Bob’ Okazaki : AfroSamurai, devrait plaire à ceux qui ont aimé Samurai Champloo. (Diffusion prévue au Japon du premier épisode fin 2005 - début 2006)
Liens
(pour ceux que ça intéresse bien sur, les autres n'y allez pas c'est dangereux)
Bon site en français
Bon site en anglais
Bon site en japonais (site officiel)
Mister K
pour Shanghai Flow
26 octobre 2005
Masta Ace "A Long Hot Summer" 2004 (Yosumi/M3)

Masta Ace "A Long Hot Summer"
2004 (Yosumi/M3)
A une époque ou Dr Dré est devenu l'équivalent de Bill Gates dans le
milieu du Hip-Hop show-biz-ness en phagocytant régulièrement les cartons au
box-office, je me penche sur les à côtés de l'industrie du rap (comme
on appelle ça aujourd'hui).
Ceci dit, pas de conclusions hâtives jeunes b-boys et fly-girls, Dr Dre reste à mes yeux fatigués un producteur imparable. Je peux même vous chanter : "Respect The Architect !"
Pour
préciser ma pensée, disons que je n'écoute en priorité QUE les artistes
Hip-Hop que je n'entendrais pas sur Skychiotte ou en heavy rotation sur
les F.M pour jeunes branleurs en baggy ou en survèt.
Allez ! Balayette, coup de tête, dans le désordre ! En plus j'ai pas la radio sur mon I-Pod donc je suis à l'abri du besoin d'exister dans la cour de récré.
Ces derniers temps, bien qu'écoutant plus de musique chinoise ou bretonne que les gros sons de 50 cent ou de The Game, sur lesquels je ne crache pas, soyons sérieux (avec un plus pour The Game quand même), il m'arrive de garder l'oreille sur les dernières productions de m.c's qui ont fait leurs preuves.
Alors aujourd'hui je vais vous parler de l'album "A Long Hot Summer" de Masta Ace.
Voilà quelques mois que j'ai cet album. Au passage, récupéré dans le
dépôt vente (miteux faut bien l'avouer) de mon voisin de palier Joe Le
Bolok que j'ai déjà présenté dans ce blog.
Je confesse que j'ai
failli ne pas l'acheter, j'hésitais sérieusement, pour le même prix (5
euros) entre Masta Ace et le single "Destinée" de Guy Marchand. En
45tours je précise. Mais j'ai pris Masta Ace, l'album étant sortit plus
récemment (2004) et cet amour vicieux et indécrottable que j'ai pour le
rap à pris le dessus.
Damn !
Masta Ace, la première fois que je le repère dans ma carrière
d'amateur de fins morceaux Hip-Hop c'est sur la compilation "In Control
Volume 1" (1988 sur le mythique label Cold Chilin') produite par Marley
Marl. Signalons au passage que c'est le premier vrai concept d'album de
producteur qui invite des artistes en featuring dessus.
1988 ? Pinaize !! Voilà l'occasion de faire chauffer les turbines de ma machine à remonter le temps.
Masta Ace : Les Débuts
En 1988, le rap east-coast est géré de main de maître par le Juice
Crew (Marley Marl, MC Shan, Biz Markie, Big Daddy Kane, et Roxanne
Shante). Si ces noms vous disent quelque chose, alors il y a encore de
l'espoir dans le concept de culture Hip-Hop.
Le Juice Crew était le
crew hip-hop le plus select et le plus côté par leurs talents et leurs
production. C'était les Rois de New-York. Avant de se faire descendre
par le monstre Krs-One avec le classique "The Bridge is Over" et
d'écrire le chapitre d'une des plus grandes batailles soniques du
Hip-Hop mais ça c'est une autre histoire.
A cette époque bénie du hip-hop, Masta Ace, la petite vingtaine,
traîne ses bottes noires et sa casquette old scool trop mortelle du
côté de Brownsville (Brooklyn) où il vit et est encore à la charge
d'une mère qui bosse dur.
Un jour, il croise Cooly Fresh, le mec en bas de chez lui qui vend des marrons grillés importés du soudan. Cooly Fresh lui dit :
- Hey salut Masta ! Des marrons grillés ?
Masta Ace secoua négativement la tête.
- Au fait, tu rappes toi non ? Ment pas je t'entends chez toi quand tu balance tes phases la fenêtre ouverte.
Masta Ace secoua positivement la tête.
- Alors tu devrais te pointer dans le Queens, ils organisent un concours de rap sur une radio hip-hop là-bas.
Masta Ace s'est mit à courir comme bip-bip vers le Queens.
Il arrive à la radio. Tranquille et tout. Et Boom ! T'y crois pas,
il gagne le concours et obtient six heures d'enregistrement en studio
en compagnie de Marley Marl, le maître incontesté du son de l'époque !!!
Aujourd'hui
on gagne tout juste le droit d'aller baver devant les fesses à J-Lo en
concert si on gagne un freestyle pourri sur Skychiotte. Désolé, je
m'égare.
Marley Marl regarde alors le jeune Masta Ace et lui dit :
-
Hey ! Tu sais que t'es balèze toi même si ta casquette elle est trop
bizarre ? Tu sais quoi mon pote, je vais te faire deux sons qui
déchirent et tu vas rapper dessus pour mon prochain projet. T'en dis
quoi ?
Voilà comment débute Masta Ace dans l'univers sauvage du Hip-Hop. Il ne lâchera plus le micro depuis ce jour. En tout il aura béni nos oreilles (avec plus ou moins de réussite) avec 5 albums en comptant celui dont je m'emploie difficilement à faire la kronik ici.
Alors cet Album "A Long Hot Summer" ? T'en parles quand ?
Okay, ça
vient. Déjà, faut savoir que Masta Ace aurait déclaré que cet album est
le dernier qu'il enregistre. Il compte maintenant se consacrer à
l'évolution de son label M3. Il continue cependant les tournées à
travers le monde. Tournée européenne accomplie en septembre 2005 et cet
été, courant août, il était en république Tchèque où il s'est montré
sur scène avec un joli parapluie rouge.

d'autres photos sur son site, là.
Dernier membre actif du Juice Crew, possesseur d'un flow unique de fluidité et posé et comme un aigle sur un pic montagneux, Masta Ace m'a toujours surpris. Caractéristique de son flow, authentique signature du passage entre la old school et l'époque actuelle. De plus même s'il aborde les sujets graves il reste toujours posé, bien assis sur le b-e-a-t. Il fait partie de cette catégorie d'excellents rappeurs que je classe dans mon tiroir marqué :
Niveau : Super Balèze
Reconnaissance Des Masses : Zéro
Dans le même tiroir j'ai, entre autres, Gangstarr, Genious du Wu-Tang, PMD, bahamadia ou Hard Knocks.
Je passe rapidement en revue les albums précédents de Masta Ace qui m'ont marqués.
Dans "SlaughtaHouse" (1993), son deuxième album, je retiens bien sur
"Jeep Ass Nigguh", classique. Cet album m'a marqué parce qu'il faisait
un lien musical avec la west-coast de l'époque sur certains morceaux.
Et à l'époque fallait oser mettre des grosses basses funk sur du son de
new-york. La Brooklyn Bass beat est née avec lui, au cas ou quelqu'un
se poserait la question de la paternité de la Brooklyn Bass.
Bon j'arrête,
ma souris laser me dit que tout le monde s'en fiche de le savoir.
Sittin on Chrome - 1995 -
(Rhino Records)
Arrghh !! Cet album. Les basses vrombissantes de cet album ! 1995 !
Bon, 1995 c'est l'age d'or du Hip-Hop qui a déjà pris une sale couche de platinium et
Skychiotte commence déjà à se réclamer premier sur le rap. Après avoir
tenté sans succès d'intéresser une audience avec du rock-dance-rai-electro (trop nase au passage).
Sittin' On Chrome atterrit dans
mes oreilles à une époque ou le son west-coast à déferlé sur le monde,
ravageant tout sur son passage. Et beaucoup n'aiment pas que les genres
se mélangent dans le hip-hop avec des postulats du style :
"T'es West-Coast, alors tu fais du West-Coast ! T'es East Coast alors tu fais du son East-Coast !"
Moi
je dis t'es con alors tu restes con. Non, je rigole. Je dis :"Arrête de
te marcher dessus avec ton faux baggy, t'as la touche d'un canard qui aurait la
grippe aviaire."
Ce que j'aime avec cet album c'est justement la preuve
que le son n'appartient à personne ni à aucun territoire. Et là dessus,
Masta Ace à tout compris.

Disposable Arts - 2001 -
Jcor Entertainment
Celui-là, pas écouté. C'était en 2001. L'année ou j'ai été enlevé
par des extra-terrestres qui ne juraient que par le vin de bordeaux et
qui n'écoutaient que le morceau "No Limit" de 2-Unlimited en boucle
dans leur vaisseau spatial. J'ai failli y laisser ma santé mentale je
l'avoue. Mais c'est du passé. Une autre histoire encore à raconter.
J'ai zappé aussi le premier album de Masta Ace "Take a look Around" (1990 - Cold Chillin Records) par manque de temps et par flemme.
Alors "A Long Hot Summer" ? T'en parles quand ? Hein ?
Maintenant. Juste une phrase à dire dessus. Si vous aimez Masta Ace, si vous aimez un certain type de Hip-Hop ou l'évocation des flingues, des putes à gros culs (je ne fais que traduire une phrase récurrente du rap américain actuel "phat ass bitchez"), et du bling-bling est maintenu à un niveau proche de la non-existence, alors, pour l'amour de vos oreilles courrez l'écouter !
C'est ça TA CRITIQUE ?!?!?
Yep !


























