Shanghai Flow

Bloggy Poetic X-perience

14 février 2008

Idéologie du Bitume


Je vous emmène en visionnage.

Une escapade sur les sillons craqués d’un 33 tour.

Ecoutez ce sample langoureux qui souffle longtemps sur le versant noir des collines de nos âmes prises dans la boucle

jusqu’à ce que le saphir se taise.

Dans ces rimes de vinyle fondu tel un rêve de Dali
j’y ai croisé un prêtre vêtu d’un sari safran déclamant savant
des poèmes sus dans une langue ancienne et guerrière.

Le glas d’un clocher au loin
Soudain résonne


La logique sonore de l’urbain

Puis juste avant que n’arrive le dernier tramway,
le prêtre s’assied en méditation.
Avant que la rue ne l’avale lui et sa prose
Bloquée dans son réseau de neurones
Dopés
aux refrains de Bob Marley.

J’y étais, j’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume.

Regardez cette rue
ce Bronx intemporel et continu sur lequel gravitent tant de carcasses paumées
sur goudron ou pavés
cette mélodie d’humain mêlée aux moteurs
crachant tous leur dégout suintant d’une vie à l’envers
comme un break beat fêlé
répercuté sur les baffles de pierre de taille de ghetto blasters
posés dans le décor en file d’immeubles crasse

Les ordures
les âmes trash

tous sont boostées par les pulsations d’une basse invisible
qui pulse dans cette rue


pour les faire avancer à chaque pas posés plus mutants encore
en criant comme des gorets des chorus de punks shootés

Qu’ils aillent se faire niquer tous ces fils de putes
qui m’annoncent l’air fumés que c’est la lutte finale
regarde dehors cousin


l’internationale existe bel et bien
c’est le consortium agencé qui désorganise ta pensée et t’oblige à penser
qu’il y a des lendemains qui chantent


contente toi du refrain qu’ils t’ont donné

En pleine nuit les chaînes câblées te prouvent qu’il fait bien jour ailleurs
contente toi de ça ou alors ferme ta gueule
par ailleurs
pour ton info
la révolution est en cours


Débranche toi pour le voir

Une jeune femme s’approche de moi
à voir l’expression de son regard
je sais qu’elle cherche à sauver sa peau et son âme d’un traquenard posé sur son âme
Elle s’arrête pile en face de moi et se met à me réciter un verset saint du coran

au fur et à mesure qu’elle récite
les murs autour de moi s’effritent

Un détail

Elle roulait dans sa main droite un chapelet de boules d’ambre noircies

C’est tout.

J’y étais, j’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume.

Mes doigts s’activent sur le clavier au gré d’une pensée se muant en flow de mots au gré de mes humeurs
Une phrase de plus et ce poème sera reprogrammé

Mon majeur appuie sur Enter

Maintenant
autour de moi
les têtes dans la rue s’agitent d’avant en arrière
en rythme binaire massif qui relie par le verbe les colonnes vertébrales des uns aux autres

synchrones

sur le boom bap mental

Les mots font mal et même heureux résonnent en boucle pour s’évanouir
dans le mix de pots d’échappements percés et de klaxons
machines à sous, cliquetis de clefs, bouteille de bière qui casse
miss qui lâche, chien qui aboie, et cetera, et cetera

C’est bien ça

dans nos rues suinte une idée qui n’a de but que la confrontation larvée.

J’y étais, j’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume.

J’ai entendu des notes de piano... couler gouttes à gouttes
depuis des fenêtres ouvertes pour exploser sur le goudron brûlant
Les vrais B-Boys ne meurent pas soi-disant
médisaient les médias de la rue
mais mes vrais héros sont tous en rade ou dans l’abîme
leurs bouches cassées
leurs cerveaux clos pour avoir dit trop de conneries à trop hypocrites

Un soir la rue s’est refermée comme un piège sur mes illusions de sauvage
un piège rythmé par des beats Hip-Hop et des samples de sirènes de police

J’ai vu les hécatombes dans leurs cités
J’ai vu en live autant de frères griller sous les néons
pour des holocaustes sociaux vécus la nuit

Alors les survivants traînent dans les ruelles après minuit
s’insultent touts seuls
devenus des ombres solitaires vidés de leurs rêves
leurs pas titubent, drogués et grogys par les directs du gauche de la vie
ces coups que l’on ne voit pas venir et qui vous mettent KO pour le restant de vos jours
et vous tissent une camisole en guise d’étoiles

Combien ont rêvé de lever les deux bras au ciel en signe de V
et tout ce qu’ils ont pu atteindre
ce sont des bouts de trottoirs
ou chaque nuits ils dégueulent seuls
ce qui leur reste de fierté sur des murs couverts de pisse
Je parle de ce que je connais et dis ce que je sais
et puisse mon flow anticiper la paix qu’ils méritent
pour m’avoir élevé et rendu conscient
à leurs insu
et à mes dépends.

J’écris des mots pour un peuple d’ombres
casé dans ma mémoire
pour tous ces génies cramés qui crient dans l’encre de ma prose
que mes mots soit le refrain posé sur les quatre temps
de ces tempos lents
qui chantent les révolutions perdues de cette escapade sur les sillons craqués d’un 33 tour…

J’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume…

Donne moi du feu s’il te plait…

mister_k_signature13
Ideologie du Bitume - 12 - '07
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Posté par Kline à 06:04:00 PM - Mr K Flow-Prose - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ecouter ta voix, là, juste avant d'éteindre la machine et la lumière juste derrière
Ecouter ta voix, là, ce soir où la fatigue et la lassitude m'empêchent de dormir
Ecouter ta voix, là, c'est comme pouvoir mourir après avoir trouvé la paix intérieure...

Je peux maintenant fermer les yeux et rêver à nouveau.

Thanx a lot my dear friend
Take care

Posté par Madison, 15 février 2008 à 01:07:39 AM

mersi bras dit

claire vision lucide:
les cycles du noir bitume
dansent sous ta plume

Posté par Ólöf, 15 février 2008 à 09:18:07 AM

c'est une journée de shit aujourd'hui, je vais droit au conflit.
et ta voix.
ta voix m'apaise.
tes mots semblent en suspension devant moi.


merci

Posté par lapetitebrune, 15 février 2008 à 09:32:02 AM

Succés!

Quel charisme Brother:)
Tu fais tomber les filles avec ta voix associée à tes mots:)
En tout cas tu maitrise ton art et peu importe si on te reponds parfois avec une seduction car la question n'est pas là!
Entre nous la seule chose qui compte c'est que tu te decouvre et que les armures tombent...
Take care Sweet Brother:)))
Sister Liu)

Posté par Liulee, 15 février 2008 à 11:53:47 AM

La première version que j'ai entendue, c'était il y a quelques années, ça n'a pas vieilli, ça frappe toujours fort. J'ai ce morceaux dans mes archives et j'ai failli le mettre un jour sur mon blog en musique d'ambiance, mais je ne me suis pas permis. Ton retour se fait en force en tout cas... BOUM!

Posté par Kwaame, 15 février 2008 à 12:06:46 PM

Madison > "Ecouter ta voix, là, c'est comme pouvoir mourir après avoir trouvé la paix intérieure". C'est joliment dit mais excessif vraiment.
"Je peux maintenant fermer les yeux et rêver à nouveau." Merci. La réalité que nous connaissons tous ne doit pas nous fermer la porte de ce que nos yeux fermés peuvent rêver. Je ne sais pas si je suis clair mais je le pense.

Merci pour ce comment si délicieux.

Mister K.

Posté par Mister K, 16 février 2008 à 08:38:32 PM

La petite brune > Heureux de te servir. Heureux surtout que ce post tombe à point pour toi.

Mister K.

Posté par Mister K, 16 février 2008 à 09:03:32 PM

Miss Liu > Séduire c'est une chose, dire c'est ce que je vise. J'ai déjà donné côté séduction avec mes mots ou ma voix qui va avec, ce que je préfère c'est la discussion. Tomber les filles ? Facile. Faut savoir aussi que l'on tombe avec elles après. Et ça c'est moins facile.

Se découvrir et découvrir sont la même chose au final. Non ?

En tout cas, je le pense.

Big bizous.

Mister K.

Posté par Mister K, 16 février 2008 à 09:10:44 PM

Kwaame > Ce texte est de 2003-2005. Je l'ai tellement travaillé depuis. Je l'ai "récité" il n'y a pas longtemps dans une prison où je participe à un atelier de Slam. Le texte ne vieillit pas c'est vrai. L'un des prisonniers m'a dit "ça fait voyager, tu donnes plein d'images". Et peut-être que les images vieillissent mois vite que les mots.

Et si les mots sont dit avec des images ? C'est mon chemin d'écriture en tout cas.

Mister K.

Posté par Mister K, 16 février 2008 à 09:17:45 PM

Olof > Commentaire poétique et lucide aussi. "Danser" est un mot que j'aime. Dañsal e brezhoneg. An "-al" goude "Dañs" a sinifi "boud eh eus trous" e-barzh an "dañs". Lakomp "trous" neuse :) Trous e-barzh pep tra zo.

Mister K.

Posté par Mister K, 16 février 2008 à 09:20:59 PM

sens

Tu alliais les mots aux images, puis maintenant les mots au son.... sensitif comme post. Ça donne une autre vie aux écrits grâce au tempo, à la prononciation, au timbre...original!
Loin d'un rêve, ce texte est plutôt déroutant... des virages en épingles, un paysage singulier, quelques déviations voir sorties de route.
Je préfère les pistes en terre sur lesquelles je roule par ici!
Sur ce, à plus dans le bus! ;)

Posté par cazejo, 17 février 2008 à 09:29:00 AM

Dañsal a gav din mat ivez

Ya, anat eo... dañsal, an dra-se zo evel huchal, ar pezh a zo graet ivez a-wechoù.
Mersi dit, have fun in the sun!

Posté par Ólöf, 18 février 2008 à 10:10:50 AM

C'est vrai!

Oui tu as raison Brother:
Se Decouvrir et Decouvrir c'est la même chose!
Ta maturité est belle à lire elle doit être splendide à vivre:)
Take care Sweet Brother:)
Sister Liu)

Posté par Liulee, 18 février 2008 à 10:30:11 AM

bravo.

Posté par madame chocolat, 22 février 2008 à 02:50:27 PM

Vraiment bon

C'est toi qui disais quelque chose du genre: "Je crois qu'il n'y a pas plus intime que la prose rimée".

Tu fais passer beaucoup de toi, la voix est bien ajustée (à part un moment tu bouffes un mot qui être 'âme'). Il y a le prêtre et la femme qui font un tour dans le poème sans qu'on en saisisse la raison, ils font partie du décor sans que j'arrive à les situer, est ce pour exprimer la part du rêve ?
Le reste est accessible, une partie m'a même touchée celle qui parle des cramés et des restes de leur fierté. Un bémol quand même: deux fois "au gré" et deux fois "âme", ça ne passe pas bien.

Ciao toi. A plus.

Posté par Gaspard, 27 février 2008 à 11:24:56 PM

oublié de signer (manu, nicopaul, blued, bref :|).

Posté par gaspard, 27 février 2008 à 11:35:14 PM

Allez Mister K, reviens! Pour t'aider à surmonter le traumatisme de ce Komputer Krash, je t'ai tagué pour un petit jeu, viens faire un tour sur mon blog pour en savoir plus! Allez! Ouvre les rideaux, va te raser et reviens :D

Posté par Kwaame, 04 mars 2008 à 10:51:17 PM

Juin 2005 - Souvenirs...

Yeah ! Mister K...

un petit mois depuis notre dernière web-discussion et sans trop en être étonné, je me rends compte ke ce ke je t'avais dit se confirme... ce morceau est magnifique ! à son écoute, j'ai vu de vrais punks dans un squat lâcher des larmes, une femme crevée par sa journée de taff lâcher son économiseur et ses carottes pour se poser et se laisser emportée par la cinématique de ton histoire etc... un petit chef d'oeuvre je te dis !

ça me rappelle d'ailleurs le contexte de son enregistrement... un petit kawa et mister k balance son texte une 1ère fois a cappela. et puis, don argentino (le maitre d'oeuvre de notre petit cd de vandale) t'invite à le faire une seconde fois te disant qu'il allait poser en live (pardonnez la classe...) des fonds sonores pour accompagner ton verbe... un quart d'heure assez magique...

bon, en espérant ke ton "nouvel emploi du temps" augure de nouveaux soleils...
mes amitiés bordelaises et croix-roussiennes l'ami !

Posté par DaKid_Da_Requiem, 19 mars 2008 à 10:04:34 AM

écume et flow

Merveille Kmarade, merveille :)

Posté par Gaël, 13 juin 2008 à 09:53:38 PM

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