Je vous emmène en visionnage.

Une escapade sur les sillons craqués d’un 33 tour.

Ecoutez ce sample langoureux qui souffle longtemps sur le versant noir des collines de nos âmes prises dans la boucle

jusqu’à ce que le saphir se taise.

Dans ces rimes de vinyle fondu tel un rêve de Dali
j’y ai croisé un prêtre vêtu d’un sari safran déclamant savant
des poèmes sus dans une langue ancienne et guerrière.

Le glas d’un clocher au loin
Soudain résonne


La logique sonore de l’urbain

Puis juste avant que n’arrive le dernier tramway,
le prêtre s’assied en méditation.
Avant que la rue ne l’avale lui et sa prose
Bloquée dans son réseau de neurones
Dopés
aux refrains de Bob Marley.

J’y étais, j’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume.

Regardez cette rue
ce Bronx intemporel et continu sur lequel gravitent tant de carcasses paumées
sur goudron ou pavés
cette mélodie d’humain mêlée aux moteurs
crachant tous leur dégout suintant d’une vie à l’envers
comme un break beat fêlé
répercuté sur les baffles de pierre de taille de ghetto blasters
posés dans le décor en file d’immeubles crasse

Les ordures
les âmes trash

tous sont boostées par les pulsations d’une basse invisible
qui pulse dans cette rue


pour les faire avancer à chaque pas posés plus mutants encore
en criant comme des gorets des chorus de punks shootés

Qu’ils aillent se faire niquer tous ces fils de putes
qui m’annoncent l’air fumés que c’est la lutte finale
regarde dehors cousin


l’internationale existe bel et bien
c’est le consortium agencé qui désorganise ta pensée et t’oblige à penser
qu’il y a des lendemains qui chantent


contente toi du refrain qu’ils t’ont donné

En pleine nuit les chaînes câblées te prouvent qu’il fait bien jour ailleurs
contente toi de ça ou alors ferme ta gueule
par ailleurs
pour ton info
la révolution est en cours


Débranche toi pour le voir

Une jeune femme s’approche de moi
à voir l’expression de son regard
je sais qu’elle cherche à sauver sa peau et son âme d’un traquenard posé sur son âme
Elle s’arrête pile en face de moi et se met à me réciter un verset saint du coran

au fur et à mesure qu’elle récite
les murs autour de moi s’effritent

Un détail

Elle roulait dans sa main droite un chapelet de boules d’ambre noircies

C’est tout.

J’y étais, j’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume.

Mes doigts s’activent sur le clavier au gré d’une pensée se muant en flow de mots au gré de mes humeurs
Une phrase de plus et ce poème sera reprogrammé

Mon majeur appuie sur Enter

Maintenant
autour de moi
les têtes dans la rue s’agitent d’avant en arrière
en rythme binaire massif qui relie par le verbe les colonnes vertébrales des uns aux autres

synchrones

sur le boom bap mental

Les mots font mal et même heureux résonnent en boucle pour s’évanouir
dans le mix de pots d’échappements percés et de klaxons
machines à sous, cliquetis de clefs, bouteille de bière qui casse
miss qui lâche, chien qui aboie, et cetera, et cetera

C’est bien ça

dans nos rues suinte une idée qui n’a de but que la confrontation larvée.

J’y étais, j’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume.

J’ai entendu des notes de piano... couler gouttes à gouttes
depuis des fenêtres ouvertes pour exploser sur le goudron brûlant
Les vrais B-Boys ne meurent pas soi-disant
médisaient les médias de la rue
mais mes vrais héros sont tous en rade ou dans l’abîme
leurs bouches cassées
leurs cerveaux clos pour avoir dit trop de conneries à trop hypocrites

Un soir la rue s’est refermée comme un piège sur mes illusions de sauvage
un piège rythmé par des beats Hip-Hop et des samples de sirènes de police

J’ai vu les hécatombes dans leurs cités
J’ai vu en live autant de frères griller sous les néons
pour des holocaustes sociaux vécus la nuit

Alors les survivants traînent dans les ruelles après minuit
s’insultent touts seuls
devenus des ombres solitaires vidés de leurs rêves
leurs pas titubent, drogués et grogys par les directs du gauche de la vie
ces coups que l’on ne voit pas venir et qui vous mettent KO pour le restant de vos jours
et vous tissent une camisole en guise d’étoiles

Combien ont rêvé de lever les deux bras au ciel en signe de V
et tout ce qu’ils ont pu atteindre
ce sont des bouts de trottoirs
ou chaque nuits ils dégueulent seuls
ce qui leur reste de fierté sur des murs couverts de pisse
Je parle de ce que je connais et dis ce que je sais
et puisse mon flow anticiper la paix qu’ils méritent
pour m’avoir élevé et rendu conscient
à leurs insu
et à mes dépends.

J’écris des mots pour un peuple d’ombres
casé dans ma mémoire
pour tous ces génies cramés qui crient dans l’encre de ma prose
que mes mots soit le refrain posé sur les quatre temps
de ces tempos lents
qui chantent les révolutions perdues de cette escapade sur les sillons craqués d’un 33 tour…

J’ai vu, j’ai su l’idéologie du bitume…

Donne moi du feu s’il te plait…

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Ideologie du Bitume - 12 - '07
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