Plus bas, j'ai un texte, Krump Poetry. Inspiré par l'énergie que l'on peut voir ici.

    Cette vidéo* illustre bien la vitalité de la culture noire, américaine en l'occurrence. On fait souvent le lien entre les manifestations culturelles noires américaines et l'Afrique. Mais c'est plus qu'un lien.

    La culture populaire noire américaine est la perpétuation des bases culturelles issues de l'Afrique. Ces bases culturelles, ces codes particulier que revêt l'expression humaine, existent dans L'Amérique noire à l'état brut, largement inconsciente. Et chaque fois que les circonstances  le permettent, elles s'expriment. C'est la réactivation des bases culturelles africaines dans le cadre d'une expression, toujours renouvelée.

    Dans cette vidéo, un exemple précis illustre ce que je viens de dire. A plusieurs reprises, les danseurs viennent "provoquer" ceux qui jouent du tambour. La relation danseur-tambour date de la nuit des temps. Une confrontation-complémentarité que l'on retrouve dans toutes les manifestations de la culture africaine. Il suffit d'avoir vu ce qui se passe avec le gwo-ka ou même la relation breakeurs-dee-jay dans les prémisses du Hip-Hop. Les principes de base de la danse africaine se retrouvent transcendés avec des danseurs de Krump issus des quartiers noirs américains de Los Angeles en 2004.

    Réactivation des bases culturelles africaines dans le cadre d'une expression, toujours renouvelée. Même après l'horreur de l'esclavage, le dénigrement permanent des cultures dominantes, la culture africaine, puissante en elle même, continue de produire au travers de ses arrières petits enfants. Même inconscients de leur héritage, ils perpétuent les racines culturelles. C'est un miracle qui nous fait encore admirer aujourd'hui des Bob Marley ou des James Brown.

    Le blues, le jazz, le Hip-Hop et maintenant le Krump sont des exemples de ce miracle. Les exemples s'étendent et valent pour toutes les cultures noires issues d'Afrique. Salsa, mento, capoera, kompa, gwo ka etc... et la, je n'implique que la musique.

    C'est en regard de cela que l'expression Africain-Américain ne se réduit pas qu'à un concept identitaire. C'est une réalité culturelle qui s'étend à tout le "nouveau-monde".

    Ce qui met en lumière, une fois de plus, que la vitalité culturelle s'exprime toujours par le peuple, il n'y a de culture vivante que la culture populaire. En tout cas de mon point de vue. La culture intello vient toujours après, avec son corolaire de cocktails cheap, de coke et de mauvais suchis servis aux divers vernissages.

    Pour ceux qui se poseraient la question, le Krump est au breakdance ce que le bouddhisme zen est au bouddhisme tibétain, ce que le soufisme est à l'islam ou pour être plus clair et laïque, ce que le ragga est au reggae ou le steak frites au Big Mac.

    Le breakdance tend à préférer l'amplitude de l'expression corporelle par des mouvements techniques élaborés, hyper stylisés et complexes. Je peux mesurer cette complexité car je suis rentré dans la culture Hip-Hop par le biais du breakdance. Le Krump en revanche concentre tout sur l'énergie interne et la manifestation radicale de cette énergie dans le mouvement. Il n'en est pas moins stylé, juste plus concentré dans l'exploitation de l'énergie.

    Ceux qui dansent dans la vidéo au dessus sont les Krumps Kings (qui portent très bien leur nom). Le documentaire Rize de David LaChapelle est une bonne introduction au Krump**.

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* Détails de la vidéo : Extrait de The Healing Concert, tenu à Washington DC, en Septembre 2006 avec le groupe Farafina Kan et Les Krump Kings.

**A ne surtout pas voir la version doublée en français, ça fait trop pitié.