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Rainy NYC by despondentpoplar

Une chaleur insolente vibre sur l’asphalte. De nuit, les phares et les feux font du boardslide sur l’arête luisante des trottoirs. Les gens traversent les rues sans même regarder ce qui se passe juste à côté d'eux. Des canassons avec les œillères sponsorisés P.M.U. Pourris Mortels Urbains. Mets-le dans le désordre si tu veux mais ça rapporte zéro au final.

Je me diriges toujours vers l’alimentation. Des yeux se jaugent sans sourire. Tous anonymes. Une musique s’expulse d’un bar et diffuse dans l’espace des vibrations lancinantes comme un appel au sang pour qu’il pulse chaud. Mais nous avons tous le sang froid. Et l’air était gelé entre nos deux regards quand nous nous sommes jaugés. Ici, on passe en flèche de t’es qui toi à c'est quoi ton problème ?

Et c’est vrai, c’est quoi notre problème ?

Deux gars débouchent d’un coin de rue. Leurs visages sont froissés, ils marchent vite mais sans regarder devant. Les yeux comme des périscopes au-dessus de la jungle. Leurs pas cognent dur le bitume dégueulasse. Ils savent où ils vont, leurs mains fantômes dans les poches de leurs grosses vestes cassées de couleurs d'Afrique. Ils marchent synchro et de front pour faire face ensembles. Ils jettent leurs regards sur moi en simultané. Juste au moment où nous nous croisons. Leurs yeux sont des cris de rage et les miens un mur d’écho. En une fraction de bip nos esprits savent qui nous sommes car nous savons où ces rues nous mènent.

L’orage quadrille le dehors. La voiture dans laquelle je suis roule sur le périphérique. Nous sommes quatre gars et une fille à l’intérieur. Depuis vingt minutes personne ne parle et laisse le son faire la conversation entre nous. Le beat nous unit dans le même espace mental et le flow de Booba fait la ponctuation sur mon son : Il s'en bat les reins, ils ont cru qu'il valait rien, qu'il baisserait sa peau d'pêche, mais wesh toujours opé car il est dopé... A quoi est-il dopé ce son qui nous fait plaise ? Pourquoi on s'en bat les reins ? Qui a cru qu'il ne valait rien mon son ? De qui on parle et qui écoute ? 

Je suis assis à la place du mort. Et si j’y pense c’est que je suis le seul qui écrit sur le sens de nos cinq destinées.

La ville sans fin défile sur les côtés, grande malade baignant dans des variantes d’orange sale. Une morgue à ciel ouvert avec ses panneaux publicitaires en éventails qui s’adressent à d’autres que nous. Parce que nous on sait depuis longtemps comment ils nous parlent. Et surtout pourquoi. On est en plein dedans. La seule chose qui peut nous mettre en mode alerte c’est les croques morts sapés en bleu. Ils nous rappelleront trop que nous ne sommes plus chez nous. Même dans cette voiture qui file vers nulle part en vérité. L’été s’est plaqué comme une menace sur la ville. Il pleut dehors. Personne ne parle. Et pour quoi dire d'ailleurs?

La pluie me suinte entre les pompes et des grattes ciels sont accrochés en panoramique à ma nuque. Un gros vent souffle humide. C'est le matin et je n'en suis pas fier. Une autre journée à chercher à capter pourquoi j'ai les yeux encore ouverts.

J’ai toujours l’image collée à ma rétine du visage de cette go qui m’a sourit quand je suis descendu dans le métro. C’est la cooltitude de l'intimité fugitive entre deux anonymes. Prends ça comme une lueur d'espoir dans les ténèbres de nos vies qui se consomment. Des trains filent de l'autre côté du quai vers là d’où je m’échappe. Moi je vais à rebrousse drame, à la source de ton Paname. Je m’assied sur un banc. Trop de mauvais tags dessus. Quelqu’un a oublié son journal. Tu veux le lire ?

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Street Knowledge - Track Two 06’

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