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Picture by AdamD-PE

Chacun de mes rêves s’est brisé et je porte l’espoir comme une veste usée. Ma vie enchaînée à ce monde aveugle qui malgré nos cris se précipite vers le gouffre. J’ai les dents qui crissent le long de cette haine qui nous engouffre. Que me reste-t-il à faire ? Me brûler sous la lumière des néons avec une bouteille pour aller au néant et l’enfer planté dans le crane ? Faire flamber le macadam ? Baiser des femmes et voir mourir ce qu’il me reste d’âme ?

Tu voudrais que je pose mon bulletin dans l’urne comme d’autres se vident les burnes mais dis moi si leurs lois s’accordent à moi ? Quand la république foire je n’ai jamais droit au veto. Je peux juste balancer ce flow de rimes sur un tempo qui sent déjà le moisi. Juste subir et souffrir sous cette démocratie faite de mots creux et crasseux dès que tu creuses un peu.

Ring The Alarm, Another Son Is Dying, Oh Oh Yeah !

Je peux toujours crier au drame mais seuls les flics ici ont droit de prendre les armes alors je verse mes larmes seul dans la mêlée. Emmêlés, entêtés, mes mots en guise de bouclier. La boucle est bouclée et mon avenir bouché. Je ne fais pas de rap donc je n’aurais pas de disque d’or alors je fume le chich’ en quatuor, suce des nichons de meufs riches et puis je dors. Et même si dans mes rêves je crève du bourgeois quand je me lève je recherche encore la joie. J’écoute Zion Train Is Coming Our Way, du reggae pour m’engrener le chou, Bob Marley pour m'éviter d’être fou et l’après midi je vais brûler mes calories de trop sur un terrain de foot et puis j’apaise mes pulsions avec un disque de zouk qui glisse comme de la mélasse dans mes oreilles lasses. Du raï pour les soirées de vendredi et du rap pour mes samedi. Dans tout ça dis moi comment je vais me guérir de vos non-dits qui me désintègrent à petit feu de mots dits en catimini, de vos phases de nantis qui font que mes mots deviennent aguerris pour la guérilla ? Vous versez au 20 heure votre vinaigre sur mes plaies meurtries et tu voudrais en plus que je dise s’il vous plait à l’éducateur pour un contrat jeune majeur ? Ma profession courante ? Chômeur de l'avenir. Ma vision du monde ? Qu’ils aillent tous se faire enculer.

J’ai vécu trop longtemps dans votre bordel sans avoir le cul bordé de nouilles. Il y a comme une couille. J’ai dans le sang deux grammes de lucidité et de la haine au fond des tripes. Plus du son de brute pour attiser ma vérité, pour éviter vos coups de triques sans pour autant pouvoir esquiver les coups du sort. Voilà pourquoi je vous en veux tous à mort.

J’ai pris les mots à bras le corps, niqué 26 fois par jour l’alphabet, cassé le cul de la syntaxe et j’ai retourné la face du dictionnaire, ma prose est plus musclée qu’un commissaire et j’en ai fait l’émissaire contre votre nation érigée comme un leurre. Liberté, Egalité, Fraternité. Un seul slogan pour tous les niquer. Même si mes mots m’ont élevé, en ont rendu plus d’un inquiet, c’est à ceux qui courbent le dos que je resterais identifié.
Les quotas, la parité, que veux ton système de moi ? Que je sois une statistique, un gimmick pour vos médias, une note en bas de page bien sage dans les dossiers sur la fracture sociale ? Mais j’ai le dos dur et j’endure. Même si tu me baise et quelle que soit ta synthèse il s’avère que je serais toujours du côté des perdants, des loosers débiles gavés au R.M.I, bien tranquilles à dormir dans tes cités dépotoirs.

Mes gènes afro gênent l’hexagone comme le trou dans la couche d’ozone ou celui de la sécu. Ici comme aux Etats-Unis les noirs attaquent toujours en derniers, ils jouent en défense où dans la défonce même si ça me fait chier. Moi dans l’échiquier j’ai pris la place du fou pour faire mon trou dans votre monde bancal. Je place alors mes phrases en diagonales pendant que d’autres construisent des prisons de mots de béton armé autour de nous. Ça pue le mépris le savez-vous ? Quand à mon univers, sache qu’il est pitoyable malgré mes vers. Il s’agit de dessous de table, tout est en vrac, tous sont chirdés, blasés avec plein de blah blah et en guise de mrah des bouts de princesses aux rêves siliconés, flashées par les feux de l’amour, stylées pétasses glamour. De l’autre côté, des lascars diplômés en fumage de cône, certifiés baiseurs de connes. Nous avons engendré une génération de branleurs, de petits bandits à deux centimes qui n’ont pas la conscience de l’heure qui passe et qui vont niquer ta sœur. Ils ont la main sur les couilles et s’en foutent de faire parler les douilles. Gâchette facile pour argent comptant juste pour se payer du bon temps. Le regard à l’affût faut que tu fasses gaffe à leur raffut quand les voitures brûlent. Toute une génération de renards qui marchent en ville juste pour faire les canards alors que nos pères furent des lions et rêvaient de révolution même les mains dans le béton pour construire votre France.

C’est comme ces rastas qui se prennent pour Marley, dans le fond ils s’en battent les…
Maintenant pour pouvoir rêver il faut pouvoir s’abonner. Téléphone, câble, électricité et partis politiques, les rêves d’aujourd’hui ne fonctionnent qu’avec une carte.   
Il y a comme une couille dans le potage de Babylone. Faut plus nous vendre vos valeurs même si au box-office elles cartonnent. C’est comme si pour rapper il suffisait de porter du Lacoste.
Des mecs m’accostent dans la rue. Ils prennent la pause et me causent du bloc. Il y a même de la coke en stock, premiers sur le rap mais enlève leur le Sky et il ne leur reste que du toc.

Dis moi de qui on se moque ?

Que veux tu que je te dise ? Je fais partie d’une génération qui s’enlise dans le cynisme des mots qui finissent en isme comme communautarisme et ego centrisme. J’analyse et représente quoi qu’il m’en coûte. Plus j’en sais et moins je vous écoute car vos discours mettent ma fratrie en déroute dans vos soutes. Chez nous on se bouffe entre nous. Comme des poissons dans l’aquarium qui se disputent les miettes que nous jette l’Etat en riant. C’est pour ça que ma prose va criant.

Parfois j’ai juste envie de jeter l’éponge. Je suis crevé de combattre vos mensonges. Manipulé jusque dans mes songes par vos publicité mensongères. Sérieux, tu nous prends trop pour des ménagères mais j’ai pas cinquante ans ni même cinq enfants pour que les crédits m’étouffent avec une banque qui me lèche la touffe pour mieux me stupéfier. Dans ce pays, si tu sais le juste prix tu gagnes le paradis. C’est le paradigme de l’occident où le peuple reste sur les dents sans rêves de futur décent. Juste assumer le quotidien au jour le jour. Je vis dans un monde où l’on nous apprend à gratter du ticket, le seul remède immonde pour vraiment pouvoir quitter le merdier. Faut gagner le gros lot pour ne pas être inquiet et garder la tête hors de l’eau. Se placer hors du lot, quitter le monde des blaireaux pour vivre aux Bahamas. Champagne, coke et pétasses, le cigare au bec et les mains dans la caillasse.

Mais moi, qu’est-ce que j’en ai à foutre d’être millionnaire ?

Je veux juste un peu de vérité pour calmer ma colère. Si j’écris des mots amers c’est pour garder l’esprit clair dans un monde qui tue comme le cancer. Sans prévenir et à petit feu télévisuel.

C'est pour ça que je ne donnerais jamais mon curriculum à ceux qui veulent me le foutre dans le rectum. Prends ça comme un post-scriptum.
Peace !

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mister k
Broken Dreams 05'
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